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  • Céline PELLAN

Parcours équestre; entre hier et aujourd'hui


J'ai longtemps pratiqué l'équitation en centre équestre. Comme bien d'autres, j'ai débuté à dos de petit poney dans un manège, qui se laissait mener par le chef de fil, tous à la queuleuleu.

À 7 ans, je découvrais l'adrénaline du premier galop, le stress de savoir quel poney allait être noté en face de mon prénom sur le grand tableau, ce qu'était un taxi, la première chute, curer les sabots, l'odeur des écuries, retrouver les copines de la reprise...


Au bout de 3 ans de pratique, je commençais à me débrouiller seule dans une carrière, on sautait, on sautait encore, et on me parlait de choses qui ne m'intéressaient pas du tout. J'entendais les mêmes refrains, ceux qui disent "soi plus ferme", "tu dois lui montrer qui est le patron", "met-lui un coup de cravache", et l'éternel "en arrière! oh! Oh! OHH!!" ... avant de manger du sable.

Mes chutes s'enchaînaient, on me collait toujours LE poney. Vous savez... mais si! Celui que vous ne pouvez pas encadrer, vous ne vous comprenez absolument pas, celui qu'on vous force à monter cours après cours pour vous endurcir, pour que vous arriviez à "passer le cap". Bien sûr, ça ne fonctionne pas très bien... et ce n'est pas une partie de plaisir pour le pauvre animal qui doit subir tout cela.



Vers mes 10 ans, je trouve le courage d'avouer à ma sœur aînée et à ma mère que finalement, "je veux arrêter l'équitation". Lorsque je me rends au club, c'est avec cette boule au ventre, la peur de tomber, la peur de voir LE nom sur le tableau, et de tout ce qui pourrait arriver après. Dégoût.


Pourtant, je suis toujours passionnée par les chevaux, je suis toujours fascinée, émerveillée, je continue de regarder "l'Étalon Noir" et "Zorro", ces vieilles séries qui ont bercé mon enfance.

Je continue de regarder les magazines pour leur couverture et leurs posters, et de les afficher dans ma chambre. Je les dessine, je les admire, et pourtant, je suis pétée de trouille à leur approche réelle. Tant de mauvais souvenirs hantent mon rapport aux chevaux, même les plus gentils. Je commence à ressentir une certaine frustration, de ne pas pouvoir être en contact avec eux!



Autour de mes 13 ans, alors que je suis chez mon père, je lui fais part de mon souhait de retrouver les chevaux, et pour cela, il m'emmène dans un tout petit club très familial, qui propose beaucoup de balades. Et c'est un grand coup de cœur pour ce club! Je suis convaincue, ils sont sympas, ils ne font pas de compétition, et reprenne des chevaux maltraités, ou destinés à la boucherie pour les remettre sur pied, en confiance, afin de les intégrer au cheptel du centre. Un cours sur deux, c'est une balade! On monte pour le plaisir, pour la détente, et les chevaux y sont tellement bien, et en liberté la plupart du temps.


Mais ça ne dura pas. C'est contre leur gré que les gérants durent fermer les portes de ce petit club. Afin de ne pas laisser leurs cavaliers sans rien, ils avaient pensé à donner quelques adresses afin que nous puissions poursuivre notre voie équestre.


J'intégrai donc un nouveau club, tout récent, en pleine construction avec des enseignants super sympas, souriant, souhaitant toujours faire aller de l'avant leurs élèves. Deux ans plus tard, j'intègre également en parallèle une formation BEPA AH (Activités Hippiques) puis j'enchaîne sur un Bac Pro EVC (Élevage & Valorisation du Cheval), tout cela sur 4 années. J'y apprends la rigueur, la technique entre autre... puis le grooming, l'entretien du cheval dans sa plus grande généralité, quelques approches vétérinaires, rééducation, débourrage, travail de jeunes chevaux, compétition, zootechnie, hippologie, agronomie etc. Une formation que je ne regrette pas qui me fait découvrir énormément de choses, et pourtant je recherche toujours plus! Je lis, m'informe, tente de comprendre et d'aller plus loin. L'équitation dite classique manque cruellement de quelque chose: d'empathie et de compréhension de l'autre.



Fin 2011, je rencontre Danielle Monnet à l'occasion d'une intervention/démonstration riche d'explications dans le Morbihan, invitée par un couple d'éleveurs de chevaux Pur-Sang Arabes en tant qu'auditrice et photographe amatrice. Une véritable prise de conscience me rappelle mon amour des chevaux, et mes principes de bienveillance qui s'étaient peu à peu évanouis avec la technique et cette fameuse fermeté incomprise. Je repars avec de précieuses clefs en main et notamment la gestion de mes propres émotions, et l'essentiel: le cheval n'est jamais, jamais, jamais fautif.


Transformation RADICALE: fini les coups de cravaches, fini les énervements, fini de crier, fini ce stress maudit pourrissant la relation avec les chevaux, fini les pertes de contrôle, fini les chevaux ingérables. Le simple changement EN MOI provoque une réaction en chaîne dans une spirale positive. Tout devient facile, j'anticipe mieux, je comprends mieux, je travaille plus dur et le résultat est là. Je lâche prise. De plus, je rencontre pendant ma formation élevage Urax, un poney Français de Selle avec qui je procède à mon premier débourrage. Une relation en osmose, avec une compréhension à double sens sans borne, merci pour tout petit loulou. Et pas qu'avec lui, quand je travaille avec les autres jeunes chevaux de la formation, tout est facile, même avec la jument semi-sauvage du groupe qui est tout simplement un cheval pur et dur; sans conditionnement préalable.



En 2012, la formation au lycée s'achève pour moi, je fais route vers la photo qui m'appelait irrésistiblement depuis presque 4 ans. Je débute à ce moment là la randonnée équestre grâce à une propriétaire de deux chevaux qui me prête son second cheval, vif, intelligent, grand et intimidant mais non moins exceptionnel. Je le côtoie jusqu'en 2016 et la séparation est un déchirement.

Je retrouve un cheval que l'on me "confit" au travail fin 2018, dont je continue de m'occuper depuis lors; sensible, délicat, caractériel mais gentil, il me pousse dans mes retranchements m'incitant à agir avec respect, droiture & bienveillance.

Et puis... encore UNE CLAQUE :-) Mais une bonne, une exceptionnelle claque. Tout ce cheminement jusqu'ici me mène à cette équitation dite "éthologique", qui se base sur le comportement et la science de l'animal. Grâce à l'investissement d'une vie d'Homme sur la compréhension et la recherche du savoir-faire/savoir-être d'Andy Booth, ma perception du cheval a évolué; j'y retrouve beaucoup de ce que j'ai déjà vu mais en bien plus riche, plus complet, plus précis. Je continue donc à apprendre, et apprendre encore.

Tout ceci est indispensable à mon sens dans ma pratique photo afin de sécuriser mes séances et d'accompagner au mieux mes clients, parfois déboussolés par des circonstances (situation en extérieur, stress du cheval face à des bruits, stress du cavalier dû à la séance etc.), je pense qu'en tant que photographe spécialisée je dois pouvoir les aider quand ça coince, au même titre que de savoir les guider pour la partie esthétique des photos :-) .

Aujourd'hui, j'aspire à une équitation juste, évitant les mauvaises interprétations, l'usage de moyens coercitifs dans la mesure du possible et de l'autorisation du propriétaire de mon protégé... j'ai besoin de comprendre, je consacre beaucoup de mon temps à réfléchir sur le sujet et je ne suis pas prête de m'arrêter! :D


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